Le 11 mai 2012, François Bégaudeau est venu rencontrer les élèves de l'enseignement de spécialité cinéma . Pendant 3 heures, il a parlé de son parcours personnel, de son rapport à l'écriture, de la cinéphilie, de la critique cinématographique puis de l'enjeu du cinéma documentaire. En voici une partie...
INTERVENTION DE FRANCOIS BEGAUDEAU (Informations élèves) posté le samedi 19 mai 2012 08:05
RENCONTRE ENTRE FRANCOIS BEGAUDEAU ET LES ELEVES DE L'ENSEIGNEMENT CINEMA-AUDIOVISUEL (Informations élèves) posté le mercredi 04 avril 2012 14:10
La rencontre aura lieu le 11 mai.

François Bégaudeau entre dans la vie active comme professeur de français. Il se ménage alors du temps pour se consacrer à l'écriture : il est critique aux Cahiers du Cinéma et publie en 2003 son premier roman Jouer juste.
En 2004, il fonde en compagnie d'écrivains et philosophes la revue Inculte. Suivent un autre roman Dans la Diagonale (2005), et Un démocrate, Mick Jagger 1960-1969.
Il multiplie les collaborations : pièces de théâtre pour France Culture, articles pour Transfuge, ou So Foot, chroniques régulières dans le journal Le Monde et à la télévision.
François Bégaudeau est également producteur et diffuseur d'œuvres cinématographiques et documentaires via la société Capricci Films, dont il est l'un des cofondateurs, mais aussi réalisateur au sein du collectif Othon. Il travaille d'ailleurs actuellement à une sitcom de 20 épisodes intitulé Litiges consacré au quotidien d'une cité HLM de l'agglomération nantaise.
François Bégaudeau participe régulièrement à l'émission Le Cercle sur Canal+, traitant de l'actualité cinématographique et animée par Frédéric Beigbeder et il est actuellement rédacteur en chef adjoint des pages cinéma du magazine Transfuge auquel il participe depuis sa fondation.
En 2006, son troisième roman, Entre les murs, lui vaut de recevoir le Prix France Culture-Télérama et la reconnaissance tant de la critique que du public. A partir de là, il répond à de nombreuses sollicitations et développe multiple projets. Il rejoint La Matinale de Canal+ où il assure la chronique littéraire du jeudi, devient le critique cinéma du magazine Playboy (édition française) mais surtout donne libre cours à son goût pour le collectif en participant à plusieurs ouvrages : Devenirs du roman - Une année en France : Référendum/banlieues/CPE - Le sport par les gestes - Une chic fille - Parce que ça nous plaît : L’invention de la jeunesse.
En 2008, son roman Entre les murs est porté à l'écran par Laurent Cantet. François Bégaudeau coécrit le scénario avec le réalisateur et Robin Campillo, puis il anime durant une année dans un collège parisien les ateliers d'improvisations qui permettent de sélectionner les jeunes acteurs. Le film, dans lequel François Bégaudeau joue par ailleurs le rôle du professeur de français, se verra remettre par Sean Penn la Palme d’or au Festival de Cannes 2008.
L'auteur-acteur a ensuite obtenu le César 2009 de la meilleure adaptation cinématographique. La même année est rééditée la discographie complète de son groupe de punk rock Zabriskie Point.
En 2010, François Bégaudeau tient le rôle principal du court métrage de la Collection Canal+ intitulé Et vous, sinon, ça va?, réalisé par Emmanuel Broussouloux, où il interprète un patron largué qui se lie d'amitié avec l'homme de ménage.
En 2011, les critiques littéraires de l'émission le Cercle consacrent son roman, La Blessure, la vraie. Le roman sera adapté sur grand écran par le réalisateur Abdellatif Kechiche (L’Esquive, La Graine et le mulet, Vénus noire).
En 2012, François Bégaudeau collabore à l’écriture du scénario de Sport de filles, film de Patricia Mazuy et poursuit de nouvelles aventures littéraires, théâtrales et cinématographiques.
Bibliographie :
ROMANS
Au début (2012), Editions Alma
La blessure la vraie (2011), prix du Cercle littéraire Canal Plus
Vers la douceur (2009), Éditions Verticales, roman-feuilleton en trente épisodes
Fin de l’histoire (2007), Éditions Verticales
Entre les murs (2006), Éditions Verticales, Folio (2007), Prix France Culture-Télérama
Dans la diagonale (2005), Editions Verticales
Jouer juste (2003), Éditions Verticales, Folio (2008)
AUTRES RÉCITS DE FICTION
Un démocrate, Mick Jagger 1960 – 1969 (2005), Éditions Naïve
L’invention du Jeu (2009), Hélium, littérature jeunesse
ESSAIS
Tu seras écrivain mon fils (2011), Éditions Bréal
Parce que ça nous plaît. L’invention de la jeunesse (2010), co-écrit avec Joy Sorman, Éditions Larousse
Antimanuel de littérature (2008), Éditions Bréal
Une année en France (2007), co-écrit avec Arno Bertina et Oliver Rohe, Éditions Gallimard
OUVRAGES COLLECTIFS
La politique par le sport (2009), Éditions Denoël
Une chic fille (2008), Éditions Naïve
Le sport par les gestes (2007), Éditions Calmann-Lévy
Devenir du roman (2007), Inculte/Naïve
THÉÂTRE
Le problème (2011), créé à Lille puis jouée au Théâtre Rond-Point Marigny de Paris, texte édité par le Théâtre ouvert
COURT-METRAGE DES TERMINALES L1 - 2012 - T'AVAIS PROMIS ! (LES REALISATIONS VIDEOS) posté le lundi 09 avril 2012 14:30
Film de fiction réalisé entre mars et avril 2012.
PASSAGES - DOCUMENTAIRE REALISE AVEC LA CLASSE DE TERMINALE 2010-2011 (LES REALISATIONS VIDEOS) posté le jeudi 15 septembre 2011 20:29
Un grand merci à tous,
anonymes croisés dans la rue,
membres du lycée Paul Claudel,
à ceux qui nous ont laissé les suivre,
à ceux qui ont osé se livrer ou simplement se sont laissés filmer.
Que vous apparaissiez ou non dans le montage final, merci pour ces belles
rencontres.
L'OEUVRE DE DAVID CRONENBERG (Réalisateurs) posté le vendredi 06 janvier 2012 07:18
I/ Biographie succincte
- David Cronenberg naissance à Toronto le 15 mars 1943 ;
- Elevé dans un univers intellectuel, il développe des goûts éclectiques (activité littéraire, guitare, et manifeste un intérêt grandissant pour les sciences, particulièrement pour la biologie et la biochimie) ;
- Après l'abandon d'études scientifiques il poursuit de brillantes études littéraires, se passionne pour la littérature fantastique (mais aussi pour Joyce, Burroughs, Miller et Nabokov) ;
- Auteur de nouvelles récompensées ;
- Diplômes de littérature anglaise, d'histoire et de philosophie ;
- Opte définitivement pour le cinéma et tourne quelques oeuvres où l'on trouve déjà la matière de ses productions majeures ;
- Séjours en France pour la télévision canadienne, et préparation de The parasite murders, controversé lors de sa sortie ;
- Succession de créations, souvent mal accueillies par le public (Videodrome), et parfois proches du film culte (La Mouche, primé à Avoriaz). D'abord sollicité pour réaliser Total Recall (finalement réalisé par Paul Verhoeven), il se décide pour l'adaptation de Twins, de Bari Wood et Jack Geasland. Le film obtient une excellente critique et les honneurs de certaines revues qui avaient jusque là dédaigné le cinéaste. Par amitié pour Clive Barker, il accepte de devenir comédien pour Niqhtbreed (rôle de psychiatre) avant de voir aboutir le projet qui lui tient particulièrement à cœur : l'adaptation cinématographique du chef-d’œuvre de l'écrivain américain le plus novateur de la seconde moitié du XXeme siècle, Le Festin nu, de William Burroughs... Cronenberg est désormais considéré comme l'un des grands du cinéma mondial. Mais il n'a pas pour autant renoncé au scandale.
II/ Filmographie
- Courts et moyens métrages : Transfer (1966), From the drain (1967), Stereo (1969), Crimes of the future (1970), Camera (2000)
- Téléfilms : quelques documentaires et Secret Weapons (1972) , The victim (1975), The lie chair (1975), The Italian machine (1976)
- Longs-métrages : The parasite murder (Frissons)(1975), Rabid (Rage) (1976), Fast Company (1979), The Brood (Chromosome 3)(1979), Scanners (1980), Videodrome (1982), The dead zone (1983), The Fly (La mouche)(1986), Dead Ringers (Faux-semblants) (1988), The naked lunch (Le Festin nu) (1991), M. Butterfly (1993), Crash( 1996), eXistenZ_(1998), Spider.(2002), A history of violence (2005), Les Promesses de l’ombre (2007), A Dangerous Method (2011), Cosmopolis (2012, en production)
- Diverses publicités et téléfilms qui ne sont pas mentionnés car œuvres de commande, souvent assez éloignées de l'univers de Cronenberg ;
- Par ailleurs Cronenberg fait de nombreuses apparitions en tant qu’acteur dans divers films et feuilletons, la dernière en date pour la série américaine Alias (saison 3) de J.J. Abrams, où il incarne un scientifique.
III/ Présentation générale de l'œuvre
Les films de David Cronenberg échappent aux stéréotypes d'un certain cinéma fantastique. Longtemps d'une violence "viscérale" rare, ils recourent à des genres peu visités par le Canada, dont le cinéma se "borne" à la description du réel avec beaucoup de talent. Cronenberg explore, lui, les abymes psychologiques, l'envers de la réalité, l'intériorité physique et psychique, avec une prédilection pour les antinomies: rationnel/irrationnel ; physique/mental ; ordre/chaos ; masculin/féminin ; animal/humain ; homme/machine. La toile de fond de ces divers conflits est le paysage architectural moderne, dénaturé, et par-là même, expression suprême de nos tentatives d'organisation de l'univers. Dans cet espace, Cronenberg sème de bizarres épidémies, dont, la plupart du temps, les responsables sont à chercher du côté des visionnaires plongés dans différents essais pour contrôler le monde. Leurs inventions tournent inévitablement au désastre et s'achèvent dans le chaos. Les premières oeuvres de Cronenberg sont centrées sur les victimes de ces folles expérimentations et se situent dans un cadre socio-politique bien spécifique (résidence de luxe, monde audiovisuel, campagne politique). La Mouche et Faux-semblants, quant à elles, dénotent un déplacement du schéma antinomique, puisque le savant "fou" et sa victime n'y sont plus qu'une seule et même personne. Si les premiers films communiquent un sentiment d'impuissance manifeste (les personnages ne parviennent pas, ou difficilement, à contrôler les forces qui ravagent leur vie), les films plus récents décrivent des individus qui contrôlent leur existence, mais succombent à l'orgueil, à la démesure, à la passion, à leur sexualité, erreurs fatales qui provoquent leur perte ou leur errance.
Courts-métrages et premiers films en 35mm, tournés dans les années 60, permettent de percevoir, à l'état embryonnaire, certains thèmes et préoccupations qui seront la marque distinctive des œuvres futures de Cronenberg (si l'on excepte le goût du cinéaste pour
les courses automobiles, comme en témoigne le calamiteux Fast Company). Ainsi, l'intrigue de Transfer repose sur les difficultés d'un psychiatre constamment poursuivi par l'un de ses patients qui pense que leur relation est la plus significative de sa vie. Comment ne pas faire un rapprochement avec Chromosome 3 (The Brood) ? From the drain met en présence deux vétérans d'une guerre bactériologique, assis, habillés, dans une baignoire vide ; soudain, une plante meurtrière étrangle l'un d'eux et disparaît par le tuyau d'écoulement dont elle était sortie. Le soldat restant, après avoir enfermé ses chaussures dans une armoire déjà remplie de chaussures, comprend alors qu'il existe un complot destiné à éliminer tous les survivants de cette guerre pour qu'ils ne puissent pas parler. Or, mutations, épidémies et morts violentes se retrouvent aussi bien dans Scanners qu'auparavant dans Rage. L'action de Stereo, quant à elle, se déroule dans un futur indéterminé, au cœur d'un institut voué aux recherches télépathiques et voit un déchaînement de violence sexuelle (liens manifestes avec Frissons, Rage et Scanners entre autres). Quant à Crimes of the future ,il campe un dermatologue pour le moins étrange qui extermine toutes les femmes enceintes du globe par le biais d'une maladie provoquée par des cosmétiques; lorsque toutes les femmes ont disparu, le scientifique, après un accident de voiture, se réincarne en petite fille(!). C'est l'affrontement masculin/féminin, auquel vient se greffer le thème de la fusion finale, réelle, possible, imaginaire, qui est au centre du film : on retrouve les deux préoccupations dans Scanners, La Mouche, Faux- semblants et M.Butterfly.
Si les premiers films commerciaux (Frissons, Raqe) permettent à Cronenberg de conquérir un public, celui des films dits d'horreur, en l'occurrence organique, ils lui font perdre celui de ses créations antérieures, plus intellectuel, et dégoûté à la vue de parasites meurtriers, du sang et des corps ravagés par la maladie, le tout dans un univers réaliste, voire quotidien sans l'alibi de la recherche cinématographique. Quant au succès obtenu par Rage, il mit le comble à la fureur de certains critiques pourtant séduits par le cinéaste, qui déclarèrent l'auteur noyé dans le commerce. Pourtant, Chromosome 3, où l'intensité psychologique l'emporte sur l'action proprement dite, retint l'attention et fut le premier succès "artistique" de Cronenberg, confirmé dans son titre de créateur par Scanners, particulièrement rentable pour les producteurs (plusieurs suites évidemment désastreuses furent tournées) : il est vrai que les effets spéciaux liés aux manifestations des pouvoirs télépathiques y sont spectaculaires. Comme le sont aussi ceux de Videodrome (voir analyse) : pourtant, ils ne sauveront pas le film de l'échec commercial, malgré la critique louangeuse d'Andy Warhol, qui le salua dans un article retentissant comme "L'Orange mécanique des années 80". Le désastre financier contraignit Cronenberg à mettre en scène, à partir d'une histoire de voyance concoctée par Stephen King, une allégorie de la lutte du Bien et du Mal : plus traditionnel que ses films antérieurs, Dead Zone conserve néanmoins la griffe caractéristique des fascinations et des angoisses du cinéaste, qui envahiront superbement La Mouche,double réussite dans sa partie fantastique et horrifique (somptueux maquillages de Chris Walas) que dans celle de "l'amour fou". Le pari proposé à Cronenberg par Mel Brooks était d'autant plus difficile qu'il s'agissait d'une nouvelle version d'un classique de Kurt Neumann, La Mouche noire (1958). Succès critique et public complet. Désormais les producteurs voient en Cronenberg un artiste et une source de profit ; ils lui offrent, les moyens de ses ambitions. La réussite esthétique, scénaristique, technique de Faux-semblants, unanimement salué, constitue une sorte de nouveau départ pour le cinéaste. Si l'élément fantastique en est absent, le film véhicule la fascination du créateur canadien pour la part obscure de la psychologie et du comportement humain. Sa rencontre avec l'auteur du réputé inadaptable Festin nu ne pouvait surprendre : elle va se révéler explosive et génératrice d'images somptueuses, pour mieux évoquer les angoisses de la création artistique. Interrogation ironique sur les rapports de la drogue et de l'écriture, exploration de la paranoïa et de la schizophrénie (que l’on retrouvera en 2002 avec Spider), constat désespéré sur la condition humaine. Le festin nu réussit à fasciner et à jeter le trouble sans avoir recours aux artifices du "genre fantastique" : c'est le quotidien et ses marges qui le deviennent. Comme l'est la passion du diplomate Gallimard pour une diva chinoise dans M.Butterflv : c'est ici l'amour qui empêche de voir la réalité, totalement investie par la subjectivité de l'amant. Sulfureuse et dérangeante parce que vraie (le film est tiré d'un fait réel), l'histoire que raconte Cronenberg ne s'écarte pourtant pas des préoccupations essentielles du réalisateur qui gravitent autour des imbrications des perceptions objectives et subjectives de la réalité. Dernière avancée sur cette voie, le très controversé Crash, pourtant salué à Cannes d'un Prix du Jury destiné à mettre l'accent sur l'originalité du scénario. Inspiré d'un livre-culte de James Ballard, le film s'intéresse aux liens que l'homme entretient avec l'automobile, liens étroits entre le désir, le sexe et la mort. Morbide, malsain, glacial, Crash décrit la trajectoire amoureuse d'un couple confronté à l'ennui existentiel en route pour les "noces d'acier froissé" de l'accident/orgasme. Parfaitement maîtrisé, plastiquement parfait, mis en scène comme un ballet crépusculaire de chairs et de métal, Crash est une très grande réussite et un regard particulièrement déplaisant sur la modernité. Le film vaut à Cronenberg l'invitation à présider le Festival de Cannes 1999, où il réussit à déchaîner critiques et public en faisant couronner Rosetta des frères Dardenne et L'Humanité de Bruno Dumont, pourtant remarquables! Deux ans plus tard, le cinéaste donne eXistenZ, intelligente variation sur le virtuel, d'abord simple jeu de piste coloré de thriller politico-économique, et très vite passionnante interrogation sur la perception de la "réalité".
Le cinéaste réalise ensuite Spider, film élégant et froid, adaptation du roman éponyme de Patrick McGrath. Il s’agit en fait d’une nouvelle adaptation sur le thème de la famille, de la schizophrénie et de la rage enfouie au fond de l’être humain. On y retrouve moult thèmes chers à Cronenberg - la solitude des personnages, la résurgence de la mémoire des traumatismes, la sexualité corruptrice, le meurtre ou la mort en clôture. Le slogan promotionnel proclame : « la seule chose qui soit pire que de perdre votre esprit est de le retrouver. » La perte de l’esprit, la perte du corps, ce sont bien des thèmes qui irriguent l’ensemble de l’œuvre cronenbergienne.
A History of violence, dernière œuvre en date de Cronenberg fût présenté au Festival de Cannes en 2005. Même s’il quittât la croisette sans prix, ce film reçut un accueil très positif de la part des critiques. Lorsque Tom Stall, présenté comme un paisible père famille propriétaire d’un dinner, commet un acte de légitime défense il ouvre une boîte de Pandore et contamine par sa propre violence enfouie les membres de sa famille. Tandis qu’il lutte pour ne pas régresser en tueur sans foi qu’il était, sa famille subit les séquelles et présente les stigmates (marques de coups, accès de violence, replis sur soi) de cette lente descente dans la schizophrénie. Le thème de la double personnalité de l’homo-americanus moderne n’est pas une nouveauté, Dead Zone l’évoquait déjà. La facette cachée de l’individu, l’identité secrète, nourrissent autant les penchants pour l’ordre (le mythe du super-héros, les agents secrets) que pour le chaos (l’obsession des sociétés secrètes ou de la pègre) de tout le public occidental. La fascination pour le culte des armes et la morale qui en découle trouve dans le final de History of violence non pas une réponse mais une brillante allégorie. Pour préserver son nouveau moi, Tom est obligé d’affronter son frère et ses sbires au sein de son repère. Tom devient alors le bras armé de Cronenberg dans son entreprise de démolition de la psychose sécuritaire. Les mesures de sécurité les plus sophistiquées ne servent à rien lorsque l’ennemi vient de l’intérieur. Le citoyen modèle devient le plus féroce des prédateurs dès lors qu’il s’agit de protéger sa création (sa propriété, sa famille, son nouveau nom : le rêve américain). Seule la tolérance hypocrite de sa famille permettra à Tom d’assumer son vrai visage. D’un jugement profondément pessimiste sur l’individu, c’est le regard d’un homme perdu qui clôt le film sur une note en suspens.
Sa vision pessimiste de l''être humain ne sortira pas non plus grandie de son avant dernier film Les Promesses de l'ombre. Qu'en sera-t-il dans A Dangerous Method qui plongera dans les tréfonds de l'esprit par l'intermédiaire de Freud, Jung et Sabina Spielrein ?
En ce début de troisième millénaire, il est à craindre que les "anticipations" et les idées de David Cronenberg ne soient pas seulement d'aimables divagations d'un esprit "dérangé", comme s'amusent à l'espérer ceux qui n'aiment pas le cinéaste canadien, fort peu "politiquement correct".



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